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Ce matin, j’ai eu la sensation que La Presse s’adressait à notre équipe personnellement, dans ce qui était pourtant un appel lancé à tous. Proposer des solutions pour contrer la pénurie de main-d’œuvre, c’est ce que nous faisons tous les jours avec nos clients chez Kolegz. Alors nous avons pris notre courage à deux mains et avons décidé de répondre.

Nous travaillons auprès des employeurs pour trouver des stratégies à court et moyen termes en lien avec les enjeux d’attraction et de fidélisation des employés. Nous tentons chaque jour de faire la différence pour nos clients, en ayant en tête la vision de faire du Québec un meilleur endroit où travailler.

Je ne pouvais donc pas passer à côté de l’occasion de partager mon point de vue sur la question. Ce n’est pas tous les jours que nous avons la possibilité d’influencer la société dans son ensemble sur des questions qui touchent le marché du travail.

La réalité des entreprises d’aujourd’hui

En entreprise, l’un des réflexes en contexte de pénurie de main-d’œuvre, est de vouloir régler le problème en ayant une vision à court terme. Par contrainte de temps, on se met en mode réactif plutôt que proactif. On a alors du mal à se sortir la tête de l’eau, et c’est parfaitement normal.

La phrase qui résume le mieux la réalité actuelle des employeurs est : « On a besoin d’employés MAINTENANT! ». Alors on tente par tous les moyens de mettre un plaster sur le bobo plutôt que d’aller chez le médecin. Or, le problème est plus profond, et un jour, il faudra bien faire le diagnostic complet des enjeux organisationnels et planifier ses actions à plus long terme pour préparer l’avenir.

Tout l’argent qu’on investit en recrutement aurait pu être économisé si on avait passé plus de temps à comprendre nos employés actuels.

D’un point de vue gouvernemental, les premiers ministres ont des mandats de 4 ans, ce qui laisse peu de place aux transformations majeures à long terme. Inconsciemment (ou non?), ce type de démocratie incite le marché du travail à avoir une vision à court terme.

Même si les entreprises déploient des efforts considérables pour améliorer leur situation, certains changements doivent se faire au niveau de la société.

Profitant de la période électorale, notre équipe a donc réfléchi à quelques idées pour aider la société à contrer la pénurie de main-d’œuvre. Rien de moins!

Suggestions d’idées que le gouvernement pourrait tester afin de contrer la pénurie de main-d’œuvre

1. Ouvrir les portes à l’immigration et simplifier DAVANTAGE les barrières à l’entrée

La première étape est de simplifier l’accès aux nouveaux arrivants. Plusieurs candidats de l’étranger cherchent du travail et ont envie de venir s’installer ici. C’est la solution la plus rapide à court terme!

Toutefois, il faut bien encadrer leur arrivée, leur expliquer nos façons de faire et nos coutumes afin qu’ils se sentent mieux outillés dans leur nouvel emploi. C’est déjà le cas de certains Centre Local d’Emploi Québec, mais peu de publicité est faite à cet égard.

Aujourd’hui, embaucher un candidat, même par le « processus simplifié », est un casse-tête administratif à la fois pour l’employeur et pour l’individu qui est prêt à venir travailler. J’ai déjà dû dire à un candidat que son dossier avait été rejeté pour des raisons administratives et qu’il fallait attendre deux mois supplémentaires avant d’avoir une nouvelle réponse.

On va vous l’avouer, la majorité des entreprises trouve ça compliqué de faire des permis de travail. Si on pouvait simplifier cette barrière à l’entrée, plus d’employeurs adopteraient ces pratiques.

Dans la même veine, il serait pertinent de valoriser l’équivalence de diplômes pour les travailleurs étrangers. On pense notamment au domaine de la santé (médecins, infirmières), de l’éducation (professeurs), etc. où les équivalences sont parfois très difficiles à obtenir, même dans ces domaines considérés comme étant prioritaires au Québec.

2. Valoriser les métiers qui requièrent moins d’éducation

Les hautes études universitaires ont tellement été valorisées qu’une grande partie de la population ne souhaite plus exercer des métiers demandant peu d’années d’études. Pourtant, ces métiers restent cruciaux pour la société.

Plusieurs accordent de l’importance au regard des autres, et certains métiers sont dénigrés à tort. Gonfler les salaires n’est pas la seule avenue, il faut rendre ces métiers plus attrayants aux yeux des étudiants qui sont encore sur les bancs d’école.

3. Augmenter le nombre de garderies et payer davantage les éducatrices

La garderie a un impact direct sur les emplois. Certains parents n’arrivent pas à trouver de place pour leur(s) enfant(s) et doivent cesser de travailler. Il faut non seulement plus d’éducatrices par garderie, mais plus de garderies, tout court!

Vous semble-t-il normal qu’une éducatrice gagne un salaire proche du seuil de la pauvreté quand elle s’occupe de vos précieux enfants, qui sont non seulement ceux qui comptent le plus à vos yeux, mais aussi ceux qui bâtiront la société de demain?

Les CPE ont des programmes géniaux pour les enfants, mais encore faut-il réussir à y avoir une place! J’y ai personnellement inscrit mon enfant lorsque j’étais enceinte et il s’est fait appeler à 5 ans. Certains se font offrir une place quand l’enfant est au primaire! L’accès simplifié aux services de garde diminuerait grandement la charge mentale des familles, et donc, des travailleurs.

4. Tester la semaine de 4 jours

La semaine de 4 jours, ce n’est pas facile à adapter pour toutes les entreprises dans notre société actuelle. Même si l’entreprise est bien intentionnée, ses clients ne seront pas forcément compréhensifs. Pour que cette initiative soit possible dans un nombre maximal d’organisations, il faut que cela vienne d’un mouvement de société.

D’ailleurs, l’Islande et même l’Espagne ont commencé à entamer des mesures en ce sens : environ 86% de la population islandaise a obtenu une réduction du temps de travail entre 2019 et 2021.

5. Augmenter le nombre de semaines de vacances obligatoires par la Loi sur les normes du travail à 3, voire 4 semaines par année selon les secteurs d’activités

Beaucoup d’entreprises respectent le minimum de vacances requis par la Loi sur les normes du travail, c’est-à-dire 2 semaines par année. Comment un employé peut-il rester lucide et énergique en ayant aussi peu de jours de congé? Imaginez ceux qui ont des enfants, qui sont proches aidants, qui ont des maladies ou qui doivent jongler entre plusieurs emplois pour s’en sortir financièrement.

2 semaines et à peine quelques jours de congé de maladie ne font aucun sens quand de l’autre côté, les employés doivent s’absenter de façon involontaire : journées pédagogiques des écoles, rendez-vous médicaux moins disponibles en soirée, tests COVID à passer dès l’apparition de symptômes, etc.

6. Encourager les mesures écoresponsables des entreprises

Si les changements climatiques empirent, la pénurie de main-d’œuvre sera relayée au bas de la pile des gouvernements. Nous devons penser à des solutions écoresponsables, car c’est probablement le prochain enjeu qui nous guette en tant que société.

Mine de rien, le télétravail réduit les émissions de gaz à effet de serre en diminuant les déplacements obligatoires des employés. Pour les industries où cela est possible, au moins une journée de télétravail par semaine devrait être obligatoire. Cela inciterait les entreprises à ne plus exiger la présence de leurs employés dans les bureaux sans raison valable.

De nombreux programmes sont actuellement disponibles, mais ils sont davantage encouragés qu’imposés.

Si nous avons réussi à mettre en place des obligations en matière de respect de la langue française en entreprise, comment se fait-il qu’il n’y ait aucune réglementation obligatoire pour les PME en matière d’environnement?

Idée bonus : Mettre l’accent sur les milieux de travail sains et sécuritaires pour tous, autant du point de vue physique que psychologique

Saviez-vous qu’en date du 7 février 2021, la CNESST a enregistré le nombre record de 39 213 réclamations liées à la COVID-19? Que le nombre de lésions attribuables au stress en milieu de travail a augmenté de 24,4%, passant de 973 en 2014 à 1201 en 2017?

La CNESST et le Ministre du travail sont déjà à revoir les lois en matière de santé et de sécurité au travail, et il y a beaucoup d’actions en ce sens. Toutefois, pour favoriser une présence active des employés, on gagnerait à mettre davantage l’accent sur l’établissement d’un milieu de travail sain et sécuritaire par les employeurs, autant du point de vue physique que psychologique et à outiller les intervenants sur ces sujets. Aussi, aucune réglementation actuelle n’incite les employeurs à discuter de promotion de la santé (saines habitudes de vie et de travail).

Selon Groupe Entreprise en santé, chaque dollar investi en prévention de la santé rapporte de 2 à 4$ à l’employeur.

Pour chaque dollar investi, mettre un cadre et des lignes directrices avec des incitatifs pour les employeurs afin de promouvoir la santé en entreprise serait des plus pertinents, compte tenu des coûts qui y sont reliés! Plusieurs normes existent déjà sur le sujet : à quand une mise à l’avant de la scène?

En conclusion

Changer le monde ne se fera pas du jour au lendemain. Nous devons alors commencer à envisager le futur dès maintenant en adoptant une vision long terme dans nos pratiques.

Des actions concrètes et créatives peuvent déjà être mises en place à court terme dans les entreprises pour qu’elles attirent et fidélisent leurs employés. Puisque le marché du travail bouge très rapidement, en tant qu’entreprise, il faut toujours prévoir quelques coups d’avance.

Toutefois, c’est grâce à un mouvement collectif que nous pourrons nous attaquer aux plus grands enjeux de la pénurie de main-d’œuvre.

Pensez aux actions que vous pouvez poser en tant qu’entreprise, mais aussi en tant qu’individu. Par quoi allez-vous commencer?

Rédigé par : Marianne Lemay, Présidente de Kolegz

Idée bonus reliée à la CNESST : Marie-Ève Champagne – En complément : lisez son article pour savoir quels changements mener en SST côté employeur

Révisé par : Solène Métayer et Amélie Laurent

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